Safran : une aventure épicée

On ne va pas dire que c’était mon but ultime, sinon mes aventures couturesques s’arrêteraient bien vite, mais le pantalon est une des pièces de base de ma garde-robe, il est donc normal que j’aie rapidement eu envie d’essayer de m’en coudre un. Et puis coudre des jupes pour coudre des jupes, je ne vois pas l’intérêt. J’en porte peu, même si Mister Nomé ne manque pas de me gratifier d’un “t’es jolie” quand je mets une jupe ou une robe, le complétant parfois d’un douteux “tu ressembles à une fille” auquel je réponds généralement dans un langage châtié en me grattant l’entrejambe pour lui prouver que je suis féminine en toute circonstance. Normal.

Le pantalon, donc. Je ne porte pratiquement que des jeans ; principalement des slim ou coupes droites au grand max depuis que j’ai découvert que faire du 37 ce n’est pas avoir de grands pieds – ben ouais mais Maman faisait du 35 – et que je n’avais pas besoin de les cacher avec un flare qui me tasse la silhouette. Malgré la difficulté supplémentaire de coudre quelque chose d’ajusté dans un tissu extensible, je me suis donc tournée vers ce type de pantalon car même si je ne suis pas une hystérique de la planification de garde-robe, je trouve ça dommage de faire pour ne pas porter.

J’ai hésité entre Safran de Deer and Doe et le Ginger de Closet Case Files : que des épices! Je préfère le taille haute – cache-bidou – mais n’ai pas l’habitude que le pantalon monte jusqu’à ma taille naturelle, et je me demandais si cela me plairait avec Safran. D’un autre côté, dans les taille haute du commerce, le problème c’est généralement que je dois choisir entre fermer le pantalon et mouler mes fesses. Là, comme j’allais grader, je me disais que les deux pouvaient devenir compatibles. Ce qui a fait la différence entre ces deux patrons, c’est tout simplement le français. Je me targue d’un bon niveau dans la langue de Wilde – ouais on cite toujours l’autre et ben moi je l’ai pas lu mais j’ai lu Oscar Wilde, et toc – mais je manque de vocabulaire technique spécifique à la couture et je ne voulais pas devoir me casser la tête là-dessus en plus de la compréhension “classique” du livret d’explications.

Je pense que j’ai bien fait car tout au long de la couture de Safran, sans vraiment bloquer, il a fallu que je relise plusieurs fois les explications pour être certaine de bien comprendre ce que je faisais.

C’est mon premier patron de la marque noté 3 / 5 et j’ai en effet senti qu’on attaquait les choses sérieuses. Le modèle que je vous présente est ma toile, mais une toile portable. J’avais trouvé un sergé stretch bradé chez Tissus.net et je me suis dit qu’il ferait parfaitement l’affaire. Car sans même parler des éventuels problèmes d’ajustement du pantalon, j’avais tout simplement peur de ne pas le réussir et je me suis dit que ce serait moins frustrant sur du tissus pour lequel je n’avais pas troué mon porte-monnaie.

Une des choses que j’adore, chez Deer and Doe, c’est le “SAV”. Le blog fourmille de tutos et explications pour ajuster les patrons à votre morphologie, et Safran n’est pas en reste puisque tout le mois de septembre lui a été consacré. La première étape, qui consistait pour moi à recopier le patron en gradant du 40 à la taille au 36 aux hanches, a été un jeu d’enfant grâce à cet article qui m’a permis de ne rien oublier. J’ai choisi de tailler en 38 aux petites hanches pour garder une courbe harmonieuse, comme conseillé.

Sachant que les patrons sont conçus pour une stature de 1m68, soit 18 cm de plus que moi et qu’en plus autant le buste ça va mais je suis assez courte sur pattes – selon l’ami Kurdy, l’expression n’est pas vendeuse mais je m’en fous, c’est pas moi qu’on vend, c’est ma couture – j’ai aussi choisi de raccourcir les jambes directement. J’ai mesuré les jambes d’un jean qui m’allait et j’ai comparé avec le patron, j’ai trouvé une petite dizaine de centimètres d’écart. Ne voulant pas trop couper, j’ai retiré 5 cm aux repères prévus à cet effet en me disant que le reste s’ajusterait avec l’ourlet.

Et la couture a commencé. Par une des étapes réputées les plus compliquées : les poches. Comme d’habitude j’ai pris mon temps, j’ai relu plusieurs fois et finalement je n’ai pas trouvé cela trop difficile. J’étais tellement fière de ma belle poche que je l’ai prise en photo avec mon téléphone pourri que c’était tout sombre et qu’on ne voyait qu’un gros tas marron pour montrer à Mister Nomé qui n’a rien compris. Ensuite, vient l’assemblage des jambes. Il est vivement recommandé de bâtir les jambes avant de coudre et je ne peux que confirmer. Au premier essayage, mes jambons cuisses d’athlète ne passaient pas. Par contre, au niveau des mollets, cela semblait impeccable. J’ai donc choisi de réduire mes marges de couture à 1cm au lieu de 1,5 jusqu’aux genoux puis de revenir à 1,5 cm. Et là, j’ai pu rentrer mes jambes dans le pantalon.

Ensuite est venu le temps de la braguette. Il m’a fallu un moment avant de comprendre comment tout s’articulait. J’aurais pu suivre pas à pas les explications mais j’ai besoin de comprendre ce que je fais. Si on me dit “couds ici”, j’ai besoin de savoir pourquoi je dois coudre ici et pas là, c’est mon côté coucou-j-ai-4-ans-je-dis-pourquoi-tout-le-temps. J’ai donc ôté mon jean pour me faire une idée et une fois que j’ai compris, ça m’a tout de suite paru plus limpide, j’ai pu me laisser guider sagement par les explications du livret.

Oui, le montage de la braguette s’est fait en petite culotte.

Au final elle n’est pas parfaite mais je suis assez satisfaite du résultat. Ensuite est venue la ceinture. au moment de l’assembler, je n’ai eu aucun problème pour faire correspondre les coutures des côtés, par contre mes deux morceaux de devant dépassaient. Sur le coup je me suis dit que ça devait être normal, sauf qu’en observant le modèle dans tous les sens, j’ai réalisé que ça ne l’était pas vraiment. N’ayant pas envie de découdre toute la ceinture dans laquelle j’avais déjà monté les passants, j’ai décousu juste le devant, coupé et recousu à la bonne taille… A peu près. C’est en tous cas un point à vérifier sur ma prochaine version, je me suis probablement trompée en recopiant cette pièce.

Enfin, je me suis entraînée avec mon pied à boutonnières sur une chute de tissu puis j’ai brodé ma boutonnière et au moment de l’ouvrir… Le découd-vite ne faisait rien et les ciseaux ont déchiré le tissu ! C’était rattrapable, j’ai donc brodé à la main mais ce n’est pas terrible.

A l’essayage, je parviens à fermer le pantalon mais ce que je craignais se confirme, la taille est trop haute pour moi. Un peu plus et on arrivait à la taille empire… A un essayage intermédiaire sans la ceinture, c’était pas mal : il faudrait que je raccourcisse le bassin pratiquement de la hauteur de la ceinture. Du coup ça me serre un peu au début mais comme c’est du stretch, ça s’adapte. Pour le reste, il me tombe plutôt pas mal. J’ai fait un ourlet double de 2cm au lieu du 1 cm préconisé et la longueur est bonne.

En conclusion : je ne suis pas entièrement satisfaite du résultat mais le pantalon est confortable et avec un chemisier par dessus, il fait illusion. J’ai beaucoup appris en le faisant et même s’il demande encore quelques ajustements, le modèle me plaît car il change des jeans classiques. Je vais sans doute investir quand même dans le Ginger, précisément pour pouvoir me coudre un jean classique, d’autant plus que mon jean-fétiche-porté-4-jours-par-semaine a 4 ans et ça commence à se voir…

patron : Safran, modèle A mais sans surpiqûres, Deer and Doe
tissu : sergé stretch chocolat de chez tissus.net, chute de popeline rose de ma Craftine box d’octobre pour les poches
taille : 40 gradé en 36 aux hanches et raccourci de 5 cm aux genoux

 

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