Pourquoi je fais mes vêtements, et pourquoi je ne les fais presque jamais pour les autres

En plein dans la semaine de la Fashion Revolution [en anglais] sur Instagram, j’avais envie de vous parler de pourquoi je fais mes vêtements. Pour faire bref, cette association invite à s’interroger sur l’origine de nos vêtements et souhaite pousser les entreprises à être plus claires sur la manière dont elles les produisent. Pour illustrer, je vous gratifie de petites photos de Gustave en pleine action – photos que vous pouvez voir régulièrement sur Instagram si la vie de mon compagnon volant vous fascine.

Je n’ai jamais été une consommatrice acharnée de fringues. Je n’ai jamais eu autant de vêtements neufs que depuis que je les fais moi-même, en fait. J’ai tendance à user les vêtements jusqu’à la corde, mes vieux jeans sont devenus des shorts ou des “jeans de jardinage”, mes vieux leggings de sport et tee-shirts sont des pyjamas, mes vieilles culottes me servent de protège-slip nocturne en période critique – on parlera des produits chimiques dans les serviettes et les tampons un autre jour.

Pourquoi je fais mes vêtements ?

D’abord pour le plaisir d’avoir quelque chose d’unique.
J’ai commencé par le tricot car ça m’a toujours paru plus facile, plus naturel mais la démarche est la même pour la couture. Oui, j’utilise des patrons plus ou moins populaires de créateurs plus ou moins connus mais ça reste moins produit que le vêtement basique que l’on trouvera dans une chaîne. Et entre le choix du patron et du tissu/laine, les modifications que j’y apporterai… Oui, mon vêtement sera unique et même si je suis la seule à le savoir, cela me plaît. Peut-être que cela vient de ma grand-mère, qui me faisait régulièrement des vêtements quand j’étais petite.

Pour le plaisir de faire quelque chose.
J’ai toujours été quelqu’un de manuel. Que je jette mon dévolu sur une activité ou une autre au fil de mes lubies, j’ai toujours eu besoin de faire quelque chose de mes 10 doigts. Plutôt que d’accumuler les arbres en perles et les colliers – que je ne porte pas car je mets peu de bijoux – en pâte fimo, j’ai choisi de faire mes vêtements car c’est quelque chose d’utile et de durable.

Pour savoir d’où vient ce que je porte.
Bien sûr je ne couds pas 100% de mes affaires, j’ai encore des vêtements achetés et je vais encore en acheter. J’essaie d’acheter des tissus dont le mode de fabrication a un impact moindre pour l’environnement, s’ils sont bios c’est encore mieux. Idem pour les laines, j’apprécie particulièrement les différentes gammes de coton recyclé proposées par DROPS, par exemple. En plus de respecter l’environnement, cela permet d’avoir du fil de belle qualité à un prix très raisonnable. Sinon, je lorgne aussi sur les marques de laine artisanales, teintes à la main, mais qui coûtent beaucoup plus cher et demandent donc un certain investissement.

Sûrement pas pour faire des économies
La plupart du temps, le prix des tissus que je choisis est plus élevé que le prix du vêtement tout fait acheté dans une grande enseigne. Idem pour la laine. Pourquoi ? Parce que, d’une part, les marques ont accès aux matières premières à des prix négociés, ce qui fait que même en admettant qu’elles soient toutes de qualité équivalente et respectueuses de l’environnement, ce qui n’est pas forcément le cas, elles leurs coûtent moins cher. Ensuite parce que les vêtements sont souvent réalisés à la chaîne par des personnes sous payées dans des pays défavorisés. La main d’œuvre ne vaut rien, et quand je vois le travail que cela représente, je ne trouve pas cela normal. Cherchez des vêtements “responsables”, le prix ne sera pas le même.

Pourquoi je ne fais presque rien pour les autres ?

Parce que je n’ai pas le temps.
Non, je ne suis pas égoïste. Je ne suis pas égoïste mais ni le tricot ni la couture ne sont mon métier et c’est très bien comme ça mais cela veut dire que j’y consacre uniquement mon temps de loisir – partagé aussi entre le jardinage et les jeux vidéos, sachant que j’ai aussi un Mister Nomé qui demande un peu d’attention une fois de temps en temps. Autant dire que quand je bosse pour les autres, je ne bosse pas pour moi. Ca peut sembler être une évidence, mais j’ai décidé d’enfoncer des portes ouvertes.

Parce que je n’ai pas toujours le droit
A part les sacs que je fais, je ne dessine pas mes modèles cousus, ils sont à ma disposition – gratuitement ou achetés – pour un usage personnel. Pour le tricot je peux partir “à l’arrache” mais rarement pour un vêtement. Il m’arrive de faire des cadeaux, je considère que ça rentre dans le cadre du personnel, éventuellement pour une amie de faire payer uniquement les matières premières, mais je ne compte pas mon temps de travail. Du coup, je choisis les projets en fonction des gens pour qui j’ai envie de les faire.

Parce que les gens ne se rendent pas toujours compte de la valeur des choses.
Et justement, autant pour coudre un tee-shirt ou tricoter un bonnet ça va assez vite, autant pour tricoter un pull ça peut représenter des semaines de travail. Le monde dans lequel nous vivons nous a habitués à tout trouver à des prix imbattables et l’on ne se rend plus compte de la valeur du travail. Acheter un pull tricoté main à 40€, ce n’est pas normal. C’est parfois à peine le prix que je paie pour la laine qui m’a servi à le faire – tout dépend de la qualité, ça peut être plus, ça peut être moins. On ne peut pas vouloir de la qualité et ne pas être prêt à en payer le prix. Le fait main coûte cher parce que c’est fait main. C’est un choix à faire, mais si l’on me demande combien je prendrais pour tricoter un pull, le prix que je propose est toujours rédhibitoire. On pourrait se dire que puisque je fais ça en loisir je ne devrais pas tenir compte de la main d’œuvre, j’ai autre chose pour payer mes factures, mais je considère que ce serait dévaloriser mon travail.
Du coup, pour les autres, je me limite aux petite pièces en tricot, à celles qui demandent peu de travail en couture. Ca me fait alors plaisir d’offrir mon temps de travail, mais uniquement aux personnes qui se rendent compte de ce que ça représente.

Tout ça pour vous encourager, si ce n’est à faire vos vêtements, à faire attention à ce que vous achetez. Vous souvenez-vous de la dernière fois où vous avez regardé une étiquette d’origine d’un vêtement que vous avez acheté ? Nous vivons dans un pays où nous avons le luxe de pouvoir choisir la manière dont nous consommons. Plutôt que de prendre 5 vêtements “jetables” à 10€, ne vaut-il pas mieux en prendre un seul, plus durable et plus responsable à 50€ et le garder ? Ou le faire soi-même…

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